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Robolution : l'IA s'empare de la rédaction

Alors que la Semaine Digitale de Bordeaux, un évènement majeur sur les innovations high-tech et les tendances numériques, touche à sa fin... J'ai eu l'occasion de m'y amuser en testant le HTC Vive découvrir l'univers digital du futur et de parler "robolution". Comme son nom l'indique, c'est l'arrivée des robots dans le quotidien des utilisateurs lambdas et des professionnels ! Et ce n'est pas Pepper qui dira le contraire. La participation de son frère à l'évènement, le robot Nao, était la preuve bien réelle du potentiel de la robotique. C'est ce qui m'a donné envie d'aborder la question des robots-rédacteurs aujourd'hui.

 

Robots VS journalistes : la guerre de l'info

Cela peut paraître étonnant, et pourtant, plusieurs métiers de l'information-communication se métamorphosent bel et bien en intelligence artificielle. Blogueurs, rédacteurs, chroniqueurs... Les robots sont en bonne voie pour devenir de véritables journalistes et concurrencer ainsi ces professionnels. Ils sont le plus souvent appelés "robots-rédacteurs" mais en pratique, il ne s'agit pas d'êtres humanoïdes. Derrière ce terme se cachent des programmes informatiques composés d'algorithmes et chargés de traiter l'information en un temps record. Ainsi, ces robots analysent des données issues de rapport ou d'un scan des dernières informations sur le web, pour ensuite les transformer en un texte intelligible et cohérent. Ils sont surtout utilisés pour le traitement d'éléments factuels : rapports sur les stocks, compte-rendu financier, classements divers... Bref, toutes les informations qui sont souvent fastidieuses à examiner pour l'être humain et qui demandent du temps à être épluché pour en extraire une analyse pertinente.

Pour prendre un exemple très concret, le robot Quakebot rédige depuis 2014 un article en cas de tremblement de terre à San Francisco, en se référant aux données du Centre fédéral d'information sur l'activité sismique. Même de grands journaux américains comme Le Forbes et LA Times s'y mettent, l'un pour communiquer ses résultats financiers, l'autre pour la rédaction de ses articles dans la rubrique faits divers. Il existe même un site web appelé Click-O-Tron dont le contenu est d'origine 100% robotique, et bien qu'il ne soit pas encore tout à fait au point pour la cohérence des titres ou la qualité rédactionnelle, certains articles méritent le coup d'œil. À ce jour, le robot-rédacteur le plus connu en France se nomme Syllabs. Celui-ci constitue le parfait exemple des avantages d'une IA dans la rédaction : gain de temps et d'argent (un robot serait moitié moins cher qu'un employé à l'année), capacités phénoménales de traitement des données pour ensuite générer un texte, possibilité pour un robot-rédacteur d'effectuer le travail de plusieurs journalistes à lui tout seul... En somme, une technologie intéressante pour la presse !

 

L'IA au potentiel d'écrivain virtuel

L'écriture robotique est loin de s'arrêter là. S'il est vrai que l'IA est très pratique pour gérer une masse colossale de données pour en faire un texte à peu près cohérent, là où les robots frappent fort, c'est en littérature. Il existe des intelligences artificielles dont la plume est capable de rivaliser avec les écrivains, amateurs ou aguerris, jusqu'à rédiger des romans entiers. La preuve à travers un concours d'écriture japonais, le Hoshi Shinichi Literary Award, qui a rassemblé au mois de mars dernier plus de 1450 candidats... Et parmi eux 11 robots ! L'un de ces écrivains robotiques a particulièrement bluffé le jury avec un roman modestement intitulé "Le jour où un ordinateur écrit un roman". C'est l'université japonaise d'Hakodate, à l'origine du développement de l'intelligence artificielle finaliste, qui peut aujourd'hui se targuer d'un tel exploit dans une compétition rédactionnelle. La performance a même été saluée par Satoshi Hase, un écrivain de science-fiction japonais qui s'est exprimé lors de la conférence de presse à l'issue du concours : "Je fus surpris du travail parce qu'il s'agit d'un roman bien structuré. Bien qu'il reste quelques problèmes à résoudre avant de gagner le prix, comme la description des personnages".

Finalement, la complexité de l'intelligence humaine constitue le seul frein du robot-rédacteur à l'heure actuelle, autant en écriture journalistique que romancière. Le caractère imprévisible des êtres humains est l'unique variable qui empêche l'écriture des robots de nous égaler. Hitoshi Masuraba, le développeur de l'IA finaliste au concours de romans japonais, reste toutefois confiant au point d'imaginer des robots qui surpasseront le talent de l'Homme : "Jusqu'à présent, les intelligences artificielles ont surtout été utilisées pour résoudre des problèmes qui ont des solutions, tels que le jeu de Go ou le Shogi. À l'avenir, j'aimerais accroître le potentiel des IA pour qu'il soit le plus proche de la créativité humaine." Une plume soignée et un point de vue affirmé ne pourront donc pas être remplacés de sitôt par un robot. Celui-ci doit encore affiner sa perception, à la fois des valeurs et des subtilités de la langue, mais aussi développer ses capacités de compréhension du monde qui l'entoure, avant de pouvoir égaler les professionnels de l'écriture.

 

Pour finir sur une note un peu plus typographique, sachez qu'il existe des robots calligraphes dans l'âme qui écrivent comme bon vous semble : formes géométriques, courbes d'une plume, légèreté d'un crayon fin, tout y passe ! Pas mal pour tenter d'imiter l'écriture du médecin ou la signature de quelqu'un (Une idée banale dont je ne suis absolument pas l'auteure bien entendu...). D'ici à ce que les robots fassent leur révolution dans le journalisme, la calligraphie ou la littérature, il n'y a qu'un pas. En espérant que votre chroniqueuse high-tech ne finisse pas à la trappe, remplacée par un Nao ou un Pepper, graine de rédacteur !

Eva MORIN-MARECHAL