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Conférences Climax 2017 : Demain, tous végétariens ? (Mirella)

Le vendredi 8 septembre ont eu lieu les premières conférences organisées par le festival éco-friendly Climax. Elles se sont déroulées dans la Halle Basse à Darwin jusqu'au dimanche matin, et ont pour cette 3ème édition rassemblé autour du thème de l'alimentation un bon nombre d'intervenants et de spectateurs. Nous y étions Mégane et moi, pour vous partager en article et à notre manière ce que nous en avons pensé !

(Pour lire le point de vue de Mégane, c'est par ici : https://www.stayawake.fr/Actualites/evenement/megane-conferences-climax-2017-demain-tous-vegetariens/)

Benjamin Pavone - Climax 2017.
Benjamin Pavone - Climax 2017

L'alimentation. Un thème on ne peut plus d'actualité et loin d'être anodin, d'autant plus crucial qu'il implique à la fois nos rapports avec autrui, avec les animaux, et avec la planète. Deux de ces conférences ont particulièrement attirées mon attention, car elles étaient centrées sur des problématiques qui me tiennent énormément à coeur et que j'étudie depuis maintenant quelques mois, si ce n'est plus; aussi ai-je décidé de revenir uniquement sur ces conférences aux sujets encore tabous et sensibles, et de vous en donner mon avis. Commençons sans plus tarder par la première, qui a eue lieu le vendredi matin à 10h30, en compagnie de Xavier Hamon, chef cuisinier et représentant des chefs SlowFood France, Philippe Pointereau, directeur du pôle agro-environnement Solagro et rédacteur scénario Afterres 2050, Jean-Luc Pessard, directeur général de Bon pour le climat, Pierre Hinard, éleveur bovin, Elodie Vieille-Blanchard, présidente de l'Association Végétarienne de France et Sophie Danslos, chef de projet agriculture et alimentation durable et spécialiste des micro-fermes. Vous êtes toujours là ? Bon. Leur mission ? Répondre à la question suivante: "Et si demain, on était tous végétariens ?" Vous avez deux heures.

QUAND NOTRE ASSIETTE IMPACTE LE CLIMAT

Question qui fâche, mais ne partez pas ! L'idée que l'on devienne tous végétariens dans un avenir plus ou moins proche peut sembler absurde et comme un cheveu sur la soupe, mais cela l'est bien moins si l'on comprend pourquoi une telle question se pose. Personne ne pourra nier que la nourriture et l'alimentation en général occupent une place primordiale dans notre société, de sur-consommation pour ne pas la nommer. Outre le fait que l'homme, comme tout autre être vivant, doit s'alimenter pour survivre, l'alimentation embrasse des notions et des problématiques qui dépassent largement celle de la simple subsistance: à savoir le plaisir, la tradition, le bien-être, la santé, l'injustice, le spécisme, la discrimination voire l'exclusion sociale, la répartition des richesses, la surconsommation et le réchauffement climatique. Rien que ça.

Le réchauffement climatique: c'était justement le point de départ du débat. Une entrée en matière qui met bien dans l'ambiance, par un constat glaçant: l'alimentation fait, avec l'habitation et les transports, partie des trois principaux facteurs de gaz à effet de serre. Pour donner quelques chiffres, la FAO* ou l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation estimait dans un rapport de 2013 que l'élevage en lui même était responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre, dont 8,8% pour les seuls bovins, et ce au niveau mondial, contre 14% pour les transports. En cherchant un peu, j'ai découvert d'autres chiffres dans le dernier rapport du GIEC* datant de 2014: l'agriculture, l'élevage et l'exploitation forestières émettraient 24% des émissions directes de gaz à effet de serre, contre 14% pour les transports, et 6,5% seulement pour les bâtiments. Le problème est simple: nous émettons bien trop de carbone (qui est justement comprit dans les gaz à effet de serre avec entre autre le méthane, le protoxyde d'azote et bien d'autres substances fort sympathiques), ce qui fait qu'il devient nécessaire voire urgent de réduire ces émissions. Et, si vous avez bien suivi, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, plus particulièrement de carbone, passe aussi par notre assiette. Et oui, toi aussi petit humain derrière cet écran tu peux déployer tes forces et être un super-héros de la planète !

source: visuels.l214.com
source: visuels.l214.com

SAUVER LA PLANETE, C'EST BIEN MIGNON, MAIS CONCRETEMENT ?

Décarboner notre assiette, cela veut dire plusieurs choses: manger moins de viande et plus de végétaux, privilégier des fruits et légumes de saison, et éviter de faire ses courses dans les grandes distributions qui, rongées de l'intérieur par les conflits d'intérêts, ont plus la vocation de participer au marché économique prédominant et de faire du profit, plutôt que nous alimenter correctement. En réaction à ce problème, de nombreuses démarches alternatives se développent, comme le mouvement SlowFood, "un mouvement international à but non-lucratif qui veut rendre à l'alimentation toute sa valeur et sa place dans la société en respectant les producteurs par un juste prix en rémunération à leur travail; en respectant la nature et l'environnement et en protégeant la biodiversité; en valorisant les saveurs et les traditions locales issues de chaque terroir et de chaque culture."

Autre alternative intéressante présentée dans cette conférence: les micro-fermes, entraînant une discussion sur le statut de l'agriculteur, dont le métier est, malgré son importance capitale au sein de la société, trop peu, voire pas du tout valorisé: comment un métier qui demande un investissement permanant, tous les jours de l'année, peut-il être rémunéré entre 400 et 1600 euros pour les plus chanceux (et qui possèdent une exploitation plus conséquente) ? Le fossé entre la quantité de travail fourni et la reconnaissance de ce travail est juste énorme, et extrêmement problématique: on ne s'étonnera pas alors du taux de suicides chez les agriculteurs. L'enjeu, relavoriser ce métier si peu attractif et repenser la filière agricole afin qu'elle soit plus adaptée à la production locale. Quelques chiffres au sujet du projet des micro-fermes donnés par Sophie Danlos: l'objectif serait d'en créer 25000 d'ici 2030; à savoir qu'une ferme par hectares génère 3000 euros par an qui vont à la collectivité, ce qui nous ferait, si je ne me trompe pas, bien moins de taxes à payer sur nos impôts. Initiative intéressante donc, même si la question de sa viabilité reste à voir.

Mais revenons au fond du sujet: la nécessité de manger moins de viande. Si vous m'avez suivie, vous comprenez pourquoi elle s'impose: l'élevage étant la principale cause de gaz à effet de serre, il paraît logique de réduire notre consommation de viande. Continuer de consommer comme on consomme actuellement n'est pas viable, même si les élevages industriels étaient remplacés par des élevages à taille humaine qui seraient plus respecteux du bien-être animal: ils ne pourraient satisfaire la demande et, par ailleurs, il faudrait pouvoir optimiser tous les espaces non-habités sur terre pour en faire des pâturages pour le bétail, ce qui ne serait pas l' idée du siècle, en plus d'être impossible. A savoir aussi qu'il faut, pour produire un kilo de viande de boeuf, 15 kilos de céréales pour le nourrir (alors que c'est un hervivore), et 30 litres d'eau. Par jour. Je vous laisse faire le calcul pour tous les bovins et autres animaux; il ne va pas sans dire que la perte de ressources est pharamineuse.

source: végétik.org
source: végétik.org

VEGE: LES DOIGTS DANS LE NEZ ?

Seulement voilà. Moins manger de viande, cela nécessite d'aller contre une habitude et une culture profondément ancrée dans la société et dans les consciences (depuis pourtant une cinquantaine d'années seulement..) Et dans les menus de la restauration collective, à savoir les restaurants, les restaurants d'entreprises, les cantines scolaires... Difficile de trouver autre chose que de la viande ou du poisson dans ces menus, les options végétariennes sont plus rares, et ne parlons pas des options végétaliennes, d'autant plus que si l'on va au restau, c'est généralement pour manger de la viande ou du poisson "de qualité", et non pour manger juste des légumes. La bonne viande est encore un met presque sacré.

Pourtant, il est tout aussi agréable de manger végétarien qu'un bon steack-frite, et même à l'extérieur: le problème réside dans le manque de formation des cuisiniers et chefs cuisiniers, au sujet des questions environnementales, de la responsabilité et de l'alimantation non-carnée. Diversifier et végétaliser leurs menus constitut par ailleurs un avantage à la fois pour les restaurants qui élargiraient leur clientèle, et pour les végéta*iens pour qui aller au restaurant serait moins prise de tête, et cela montrerait à ceux qui ne le sont pas qu'il est possible de bien manger sans manger de viande: cela bénéficie à tout le monde. Car ce qui est le plus difficile quand on devient végétarien ou vegan, ce n'est pas tant d'arrêter de manger des produits carnés ou tous les produits d'origine animale; mais le rapport aux autres et à la société: immanquablement, certaines activités sociales et habitudes ne sont plus accessibles. Et on devient ce genre d'ami relou qui contraint tout le monde dans le choix du restau quand une sortie est prévue. Du coup, on évite le restau. Forcément, la vie sociale en prend un coup. Encore que, dans les grandes villes comme Bordeaux (2ème ville végé-friendly de France, vous le saviez ?!), il est encore facile de manger végétarien ou vegan, mais c'est loin d'être le cas partout.

Alors oui, il y a encore du progrès à faire, mais nous sommes sur la bonne  voie, puisqu'on peut observer une certaine prise de conscience générale, entraînant peu à peu un changement de mentalité. D'où vient cette prise de conscience, pourrons nous nous demander. De plusieurs facteurs, comme l'a fort justement analysé la présidente de l'AVF: d'abord de notre prise de conscience de la condition animale grâce à la diffusion de vidéos filmées dans les abattoirs; ensuite du constat que du point de vue écologique notre modèle alimentaire actuel est insoutenable, ce qui implique la nécessité de diviser par deux notre consommation de viande; même du point de vue de la santé on observe une diminution des produits d'origine animale dans les recommandations nutritionnelles officielles. En 2016, une enquête réalisée par OpinionWay pour Terraeco révélait que 10% des français envisageaient de devenir végétariens, contre 3% en 2012. Des chiffres encourageant, même s'il ne faut pas oublier qu'il n'est pas aisé de changer dans les faits ses habitudes, d'autant que l'alimentation, comme dit plus haut, est un domaine extrêmement complexe, ce qui fait que, s'il est facile de changer de régime alimentaire pour certains, cela n'est pas le cas pour tout le monde. Ainsi, le but d'associations comme l'AVF n'est pas de culpabiliser les gens sur leur alimentation (même si dans d'autres approches la culpabilisation peut s'avérer envisageable !) mais de les guider autant que possible dans leur démarche pour rendre la transition moins difficile, les conseiller en terme de nutrition, de cuisine et de sociabilisation.

Benjamin Pavone - Climax 2017.
Benjamin Pavone - Climax 2017

UNE DISCUSSION QUI M'A LAISSEE SUR MA FAIM

Le message de la conférence était donc clair: moins de viande, plus de végétaux; et si viande, il vaut mieux dans ce cas privilégier une viande de qualité, produite dans des élevages à taille réduite dans lesquels le bien-être de l'animal est pris en compte, même si les filières agro-alimentaires ne sont pas adaptées à la production locale. Alors certes, qui dit viande de qualité dit payer plus cher, mais c'est quand même vachement mieux que d'opter pour les morceaux en barquettes plastifiées à prix dérisoire que l'on peut trouver en abondance dans les supermarchés. Il faut nous enlever de la tête que manger de la viande telle qu'on la trouve dans les grandes surfaces n'a aucun impact, bien qu'elle soit facile à produire. 

Sur ce point là, je suis tout à fait d'accord. Je suis également tout à fait d'accord sur le fond de la conférence, sa démarche et son message, à savoir que le végétarisme, si on y réfléchit bien, ne concerne pas les végétariens seuls, mais l'ensemble de la population: il n'est pas seulement question d'aimer la viande ou non, mais de se rendre compte de ce que notre alimentation implique, ce qui dépasse de loin le simple plaisir personnel.

Pourtant j'en suis ressortie un peu amère et déçue. Car selon moi, dire qu'il suffit de réduire sa consommation de viande pour réduire les problèmes que sa production engendre n'est pas suffisant: l'arrêter complètement serait bien plus bénéfique, à tout le monde et sur tous les points de vue. Ce n'est pas parce qu'on fait quelque chose de toxique moins souvent que cela ne l'est plus et que c'est moins grave, même si, numériquement, cela provoque moins de conséquences. Ensuite, parce que le fait de manger de la viande était présenté comme nécessaire à un régime équilibré, alors qu'il est démontré de plus en plus que ce n'est pas le cas; enfin, ce qui m'a le plus gênée, c'est la vision de l'animal sous-entendue: animal élevé vu comme une machine à fabriquer de la viande, comme s'il avait signé un contrat avec l'homme pour lui donner sa vie en échange du logis et du couvert, et, même s'il est élevé dans des conditions "décentes", cela pose un problème.

Mais ce problème était l'objet de la conférence du lendemain; celle-ci était axée sur l'environnement et les émissions de carbone, donc je comprends parfaitement que la question de l'éthique n'ait pas été prise en compte. Je ne vais pas pour autant cracher sur toutes les alternatives mises en place, ni sur les végétariens, ni sur qui que ce soit qui prend conscience de ces enjeux et qui contribue à faire avancer les choses: car, comme l'a très justement dit le co-fondateur de l'association L214 Sébastien Arsac, toute avancée et toute action contribuant à la cause animale est bonne à prendre, qu'elle soit welfariste ou plus radicale.

En attendant de se retrouver pour le prochain article sur la conférence du samedi matin, dites moi ce que vous avez pensé de celle-ci, si vous y étiez, et si l'article vous a plu...! Prenez soin de vous, et à bientôt !

 

QUELQUES SOURCES

* Rapport de la FAO (2013): http://www.fao.org/docrep/018/i3437e/i3437e.pdf

Rapport du GIEC (2014): https://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/syr/SYR_AR5_FINAL_full_fr.pdf

Sondage Terraeco (2012): http://www.terraeco.net/Sondage-qui-sont-les-vegetariens,64594.html

Interview de Sébastien Arsac sur le militantisme: https://www.facebook.com/l214.animaux/videos/494096937619223/

AUTRES LIENS

*SlowFood France: https://slowfood.fr/

*Scénario Afeterres 2050: http://afterres2050.solagro.org/a-propos/le-projet-afterres-2050/

Bon pour le climat:http://www.bonpourleclimat.org/

Association Végétarienne de France: http://www.vegetarisme.fr/

 

Mirella JAZIC