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Papooz, 35° à l'ombre

 Difficile de faire un bon jeu de mot finissant par -ouze, sans violer une des cinquante et une règles de la charte d’éthique de StayAwake. On s’abstiendra pour l’occasion. Face à cette absence totale d’inspiration, je voulais éviter de passer par une énième évocation de tout ce qui renvoie à la plage, au soleil, à la crème glacée qui coule sur une main et pleins d’autres images en rapport avec l’été pour décrire l’épopée Papooz. C’est un échec complet ! C’est exactement à ce genre d’idées reçues que renvoie leur premier album « Green Juice ».  C'est le moment de se mettre au vert ! Héhé... Bon ok. La suite !

 

Champagne et amuse-bouches

De style « Tropical garage », « Blue tropical » ou encore « Surf Pop »... Bref, autant d’appellations qui sonnent comme des cocktails de fruits sans alcool, le duo parisien Papooz nait d’une rencontre entre Ulysse Cottin et Armand Penicaut après une tentative passionnée de fonder un journal artistique et littéraire. Le projet avorte et donnera lieu en 2013 à un premier EP, « Ulysse and the sea ». Passera 3 ans d’affinage avant la sortie de leur premier album, « Green Juice » sorti en 2016 et produit par Ash Workman (François & The Atlas Mountains, Metronomy…). 

S'il a fallut autant de temps avant d’entendre les premières vibrations d’une guitare électrique, c’est que le duo est perfectionniste. Dans une volonté de reproduire un son proche de leur prestation scénique, l’album est composé en overdub, c’est à dire qu’instruments et chants sont enregistrés séparément, après l’ajout d’une piste rythmique. Ce montage, bien que pouvant être vu comme moins spontané, permet, après coup, le réajustement et l’ajout d’instruments de dernière minute.

 

 

Quand reviennent les humeurs d’été

Eté 2016. 18km du Cap Ferret. Les plages Pop organisent pour son ouverture un concert avec en première ligne « Ménage à trois » et « Papooz » en seconde. Dans la voiture, un pote essaye de me préparer à la voix d’Armand. Une voix cristalline s’échappe du poste de radio. La voix est étrange, c’est bon signe. Impossible de savoir si c’est une fille ou un garçon. Quelle importance, elle colle à la musique. 

Arrivée en trombe sur le parking de la poste de Le Canon, petite plage sympathique excentrée du Cap. Le cadre est idyllique. Ce sont les vacances. L’Aquitaine affiche une fin de journée radieuse que l’on voit trop rarement, et le « festival » s’étend sur une bande de terre assez vaste pour y coller un bar, une scène et un stand d’huitres (l’influence d’Arcachon oblige). Le vue donne sur un petit port où la coque des bateaux cogne contre la balustrade d’un ponton en bois. C’est pas la French Riviera, mais ça y ressemble. Le climat adéquat pour entendre Papooz pour une première fois.

22h15, le spectacle commence. Depuis 2013, le groupe s’est agrandi et compte désormais cinq membres: une batterie, un clavier/contrebasse, deux guitares et une basse. Le début s’accorde à la fraîcheur de l’envoi, et nous propulse avec Trampoline avant de nous faire retomber intact sur un Ulysse and the sea à température ambiante.

 

 En cette douce soirée de juillet, la musique s’envole et éclate en l’air comme des bulles de chewing-gum. Ca BLOP, ça WIZZ, ça SHEBAM ! Les sons deviennent moins légers, plus envoutants, au fur et à mesure que la nuit tombe. C’est le temps de Brother et de Simply Art, reprise et clin d’oeil direct à l'un des morceaux de Arto Lindsay, guitariste expérimental versé dans les voix liquoreuses.

 

 

 

Influence sous influence

L’ajout d’instruments comme le violon (« Brother »), la contrebasse (« Chubby baby ») ou la basse (« Stories of Numbers ») traversent les genres musicaux: jazz, folk, rock, qu’importe. Ce côté vacance, ce n’est pas la première fois qu’on le rencontre. La vieille guitare trafiquée de Mac Demarco ou la guitare sèche des Cayucas sont autant de groupes qui rappellent à ces longues séances de bronzage intensif. Les influences du groupe y sont pour beaucoup. Un quart de bossa nova* (Jorge Ben, Carlos Jobim, Daniel Johnson), deux quarts de pop culture (Paul McCartney, The Velvet Underground, David Bowie…) et un quart de folk; le tout secoué nonchalamment au shaker et servi sec dans un grand verre, avec ombrelle et rondelle de citron.

Pourtant le truc marche encore. Les instruments sont une chose. Ils posent l’ambiance, imposent un rythme. Mais ce qui marque, c’est cette alternance des voix entre celle d’Armand, plus féminine et plus folk (petite révision sur le dernier article) et celle d’Ulysse, plus rocailleuse et plus rock. Des voix qui dans un groupe permettent une variété de genre musicaux et s’accordent avec un panel d’instruments variés. Deux points encourageant pour un second album.

 

Le concert s’achève sur un atterrissage en douceur, et One of those days nous invite tranquillement à regagner la voiture et à griller une clope en regardant la mer. Comment ne pas se laisser bercer par la musique quand le cadre et l’ambiance s’y prête ? Pépouze quoi… C’est bon, je l’ai ma chute.

See you soon, Space Cowboy !

* la Bossa Nova est un style musical né au Brésil à la fin des années 1950, issu du croisement de la samba (rythme plus soutenu qu’une samba traditionnelle, qui elle est plus répétitive) et du cool jazz (jazz plus détendu et plus lent que la frénésie du bebop). La bossa nova est donc cette rencontre entre une musique traditionnelle brésilienne et le standard plus calme du jazz des années 50.

 

P.S: on a décidé de tester une bidouille pour que l'écoute et la lecture soient synchro. Le résultat en dessous:

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Simon RENIER