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Orelsan à l'Arena : rap, rock, et couleurs

"Au fond, je crois que la terre est ronde, pour une seule bonne raison : après avoir fait le tour du monde, tout ce qu'on veut, c'est" voir Orelsan en concert.
(Ne vous cachez pas, je sais que vous l’avez lue en chantant cette accroche.)

Après 6 ans d’absence, le rappeur revient en solo avec son nouvel album, La fête est finie. Il est certifié disque d’or en 3 jours, et récompensé par 3 prix aux Victoires de la Musique. Simple.
De vous à moi, cet homme aux multiples visages a réussi à s'imposer comme une valeur sûre du rap français, tout en évoluant avec sa propre musique. Je crois qu'Orelsan est une sorte de Pokémon légendaire, et il l’a encore prouvé samedi 10 mars, à l’Arena de Bordeaux, en plein début de tournée.


Orelsan aux Victoires de la Musique 2018.

“Aurélien, une chanson ! Aurélien, une chanson”

19 heures. Après une longue file d'attente serpentueuse, les quelques 11 000 personnes s'entassent dans la salle. Le public siffle, applaudit, chante, et évidemment, on entend : “Aurélien, une chanson ! Aurélien, une chanson !”. Puis, les lumières s'éteignent, et les énormes basses font vibrer les 11 000 spectateurs. On découvre Phazz, le claviériste d’Orelsan, tout en piano Rhodes et samples de voix féminines. Malgré quelques soucis techniques, la performance plaît, et le producer (comme disent les anglais) repart en loge sous les applaudissements. Basique. 30 minutes se sont écoulées quand les lumières se rallument et la tension redescend. Il y a de tous les âges : jeunes, très jeunes, moins jeunes. Et puis, comme un seul homme, le public hurle au moment où la salle se plonge dans le noir.

 

La fête est finie

Le rideau blanc s’ouvre sur des toits d’immeubles, dans la pluie et le noir. Et soudain, la porte centrale s’éclaire, et sa silhouette se dessine. Orelsan surplombe les spectateurs, à plusieurs mètres de hauteur, sur une scène mouvante. Les premières notes de San résonnent dans l’Arena, et ça y est, la fête commence. Le premier titre de l’album entame parfaitement le concert, dans une mise en scène sobre et soignée. Arrive le deuxième morceau, et même les gradins se lèvent. Pourtant, nous n’avons pas les bases. Mais le public lui, connaît déjà les paroles de cette chanson, devenue la base. En live, la chanson explose en toute fin, et je dois vous le dire, on est obligés de sauter.

Mais Orelsan rappelle encore les bases, et on passe au premier album, pour les puristes : Différent, Jimmy Punchline, Courez Courez, bref, tout le monde connaît et hurle les paroles. Le rappeur revient ensuite sur son dernier album, avec La pluie (malheureusement sans Stromae), Zone (malheureusement sans Nekfeu), et Dans ma ville on traîne. Chaque morceau possède sa propre identité visuelle : une cascade d’eau et de la lumière bleue; une ambiance maléfique à la couleur rouge sang; des étoiles formant des faisceaux lumineux dans la salle…

Puis, des lumières blanches surgissent de derrière la scène, et nous donne l’impression d’assister à un miracle : Paradis. Tout le monde allume son briquet, les couples s’embrassent. Sur la même lancée, Tout va bien résonne dans nos coeurs d’enfants innocents. Suit la présentation de son groupe, et le rappeur lance Bonne Meuf, avec une mélodie basée sur une voix féminine. Il surprend tout le monde avec un couplet inédit en fin de chanson, qui vient casser toutes les paroles de sa chanson… La folie dans la salle. Au même moment, Ablaye vient tirer des tee-shirts Avnier dans le public, à l’aide d’un pistolet à tee-shirt. Basique. Christophe vient compléter la fête, avec Maitre Gims sur les écrans de couleur. Et encore une fois, tout le monde danse. Le chanteur sort de scène, Ablaye lance le “Aurélien, une chanson !”, et Orelsan réapparait pour Défaite de famille (même si sa famille est dans la salle). Sa grand-mère, Janine, est là d’ailleurs, sur les écrans, pour J’essaye, j’essaye. On a le droit à un solo de percussions sur Quand est-ce que ça s’arrête, et le rappeur enchaîne sur une chanson très attendue : Suicide Social. Dans une ambiance oppressante, le rappeur se donne entièrement, jusqu’à hurler dans le micro en fin de chanson. Le rideau se ferme doucement, et le mur projeté explose.

Quelques minutes passent, et une animation défile : Orelsan, le super-héros, le sauveur, sort de son vaisseau spatial, et nous, nous sommes tous les yeux visant le ciel. Pas de doute, c’est l’heure du Chant des Sirènes, avec Realsan. Mais Orelsan interrompt l’album, avec ce qui devait être sa dernière chanson, Notes pour trop tard, superbe chanson, magnifiée par un écran aux couleurs changeantes. Simple.


Les lumières en transe de Basique.

Le rappeur nous laisse quelques instants, le temps de boire et de récupérer son souffle, et le public le rappelle. La ferveur électrique du Chant des Sirènes revient, et La Terre est Ronde la suit : 11 000 personnes chantent ensemble le célèbre refrain.

“Allez vous devez partir maintenant, c’est fini !”. Sauf que personne ne veut partir, et lui non plus. Alors, Basique retentit encore plus fort, encore plus énergique, encore plus simple. En conclusion, la jolie guitare de La fête est finie nous caresse d’abord les oreilles, puis le rythme s’emballe, s'enchaînent les derniers pas de danse, les derniers sauts, les derniers cris, les dernières couleurs, et Orelsan nous le dit une dernière fois, la fête est finie.

 

“En plus je fais du rap, j’avais aucune raison d’avoir un groupe”

Alors c’est vrai, c’est surprenant. Mais c’est ça qu’on aime chez Orelsan. Un groupe entier l’accompagne chaque soir : batteries, claviers, guitares, basses… Et ça marche. L’arrangement est excellent, et cette musique en live donne une autre dimension au rap. Ce n’est d’ailleurs plus du rap, c’est du Orelsan : parfois tenté par une fin puissante et énergique rappelant le rock, ou plutôt dansante, aux rythmes et sons africains. Respect aux musiciens qui font un travail incroyable, pour arriver à une telle qualité musicale. Aucun concert n’est le même que le précédent. Et tout ça, ensemble, ça donne un concert magique. Merci Orelsan, et à bientôt.

 
Les couleurs de la fête finale

Pour ceux qui n'ont pas encore eu la chance de le voir, foncez prendre vos places pour le retrouver cet été au festival Garorock !
Quant à moi, je vais retourner faire écouter St-Valentin à ma copine, bonne soirée à vous.

Louis BONNIN