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Mike (Sinsémilia) : « Le passé m’a montré que tout était possible »

Sinsémilia fête ses 30 ans ! Le groupe de reggae, composé de 12 artistes, célèbre ses trois décennies sur scène avec un triple album. Mike d’Inca, le parolier et chanteur de ce groupe français, revient sur ce coffret spécial et les textes qu’il compose.

Sinsémilia en concert à Saint-Ouen en 2009 / Photo : KoS

Pendant les confinements, tu réponds chaque soir aux questions de votre public sur Internet. Dans le live sur Facebook du 25 novembre, tu dis que faire cet album de 30 chansons est devenu réalisable à partir du premier confinement. Pourquoi ?

L’idée de faire ce coffret, je l’avais dans un coin dans la tête : je trouvais ça marrant que pour les 30 ans de Sinsémilia, on fasse 30 chansons. Sauf qu’avec le rythme qu’on avait, la tournée qui était devant nous, concrètement, c’était un peu utopiste comme projet. Mais, au bout de deux jours, j’ai appelé Riké [l’autre chanteur du groupe] et je lui ai dit « même si on est à distance, si on veut là, on fait que de la musique ». On n’est pas sur la route, le projet devient possible. Donc on a bossé tous les jours, 10 heures par jour, pendant le premier confinement. Ce qui était impossible est devenu possible, grâce au confinement.

 

De quoi est composé ce coffret ?

Il y a à la fois des nouveaux morceaux et des versions complètement retravaillées de pleins de titres de notre histoire. Dans ce coffret, on retrouve toutes les facettes de Sinsé, y compris toutes les périodes. Ça part dans tous les sens. Pendant le confinement, on travaillait sur plusieurs fronts en même temps : on écoutait nos anciens titres, on réfléchissait, on se disait « non, là pas comme ça, viens on essaye comme ça… ». Par exemple, pour Je préfère 100 fois, qui est un morceau très important dans l’histoire de Sinsé, on a eu l’idée du piano-voix. On a contacté Sam, notre pianiste, en lui demandant de faire des essais. Là, c’est un piano-voix, mais y’a des morceaux complètement réorchestrés, avec une couleur différente. Pour les nouveaux morceaux, on a tout maquetté à distance, en se disant que, pendant le confinement, il fallait qu’on ait déjà tout composé. Comme ça, à la sortie du confinement, il ne restait plus qu’à enregistrer.

 

Ça ne doit pas être facile de réinventer un morceau que vous avez chanté tant de fois. Comment on fait pour se vider la tête de ce qu’on a déjà fait ?

Pour réussir, il ne faut pas avoir peur de partir loin. Il ne faut pas vouloir modifier « un petit peu » le morceau. Donc ya des morceaux qui ont complètement changé d’atmosphère, de tempo… C’est comme si on repartait juste du texte et de l’esprit qu’on voulait autour du texte. Ce n’était pas facile, mais ça a été super à faire. Il y a des anciennes versions où même, à la limite, je me disais que c’était dommage musicalement, qu’on aurait pu mettre davantage le texte en valeur si on avait fait autrement. C’est super d’avoir une deuxième chance !

 « C’est un texte qui se replonge dans le passé pour donner de l’espoir pour le futur »

 
Plusieurs de tes textes semblent porter en eux des notes de nostalgie. C’est surtout toi qui les écris, tu es nostalgique ?

Oui, c’est un de mes traits de caractère. Mais pour autant, les morceaux ne sont pas tristes à chaque fois.  Par exemple, L’échelle d’une vie est plutôt un constat qui regarde vers le passé, c’est vrai. Mais la conclusion, c’est que le passé m’a montré que tout était possible, même ce qui semblait impossible à l’époque. Par exemple, quand j’étais gamin, le monde entier militait pour que Mandela sorte de prison. On pensait globalement tous que c’était impossible. Mais non seulement Mandela est sorti de prison, mais il est devenu président ! C’est au-delà de l’imaginable pour nous à l’époque. À l’échelle de ma vie, j’ai vu plein de choses que j’imaginais impossibles et qui se sont réalisées.  Donc L’échelle d’une vie, ce n’est pas vraiment un texte nostalgique, c’est un texte qui se replonge dans le passé pour donner de l’espoir pour le futur. Mais bon, je ne peux pas cacher que je suis quand même quelqu’un d’un peu nostalgique.

 

 

 

Dans votre titre La tête haute, vous avez choisi d’intégrer la voix de Greta Thunberg, la jeune suédoise et militante écologique. Vous la trouvez inspirante ?

Alors, ce n’est pas ON la trouve inspirante : ELLE est inspirante. Elle inspire énormément de gens, de jeunes. Elle a rajouté encore un souffle à une jeunesse déjà engagée dans le mouvement écologique. Dans ce morceau, moi, du haut de mes 48 ans, j’exprime ce que je vois, sur un monde qui, à mon sens, part en vrille. C’était bien d’intégrer cette voix de la jeunesse. Elle avait sa place dans ce titre-là. Son discours est plein de sens et en plus quand on a vu que ça marchait avec la musique, ça s’est imposé ! On valide à 100 % l’action de cette jeune femme. Dans le reggae, on dirait même « big up » !

 

Dans les commentaires sur Youtube, quelques personnes vous reprochent de soutenir Greta Thunberg. Tu en penses quoi ?

J’ai essayé quelques fois le dialogue. Parfois, ça s’arrête vite si les interlocuteurs font des raccourcis complotistes, par exemple en disant que Greta est manipulée… Oui, il y a des gens qui la détestent. Ce sont quelques rares commentaires, on n’a pas la même vision du monde. On sait que ça existe, même dans notre public. Ils doivent apprécier notre musique sans écouter le texte.

 

Pour revenir sur l’anniversaire de Sinsémilia, vous avez fait des featuring ? Vous avez chanté avec Tryo pour leurs 25 ans, eux, ils chantent avec vous pour vos 30 ans ?

Les Tryo viennent chanter sur Prendre le temps. On a aussi convié Komlan de Dub Inc qui est venu sur un morceau totalement inédit. Balik et Guizmo sont revenus faire une version de Nourissons nos cerveaux, Vanupié chante aussi sur un titre, Manudigital sur deux titres… On a invité des amis !

 

Un anniversaire, c’est un moment ambigu, nostalgique, l’occasion de se souvenir, de se rappeler son passé, mais aussi de regarder vers l’avenir. Comment tu te sens après 30 ans de scène avec le groupe Sinsémilia ?

Alors, je ne me tourne pas vers l’avenir, je me tourne vers le présent. Oui, pour la nostalgie c’est vrai… Mais ce n’est pas l’anniversaire qui fait ça. Là, on est surtout heureux de fêter nos 30 ans. Le chiffre est impressionnant pour un groupe de musique aussi nombreux [le groupe est composé de 12 artistes]. C’est fou de se dire que, depuis trente ans, on n’a jamais arrêté la musique plus de quelques mois. On apprécie le moment, sans même trop plonger dans la nostalgie. On a une chance immense d’avoir vécu cette aventure.

Camille GRANJARD