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Kid Cudi, un ticket pour l'espace

Il y a cette période bénie des dieux où l’ensemble des groupes musicaux décident, par ces petits miracles de la vie, de faire converger leur inspiration vers le mois de Décembre. Les médisants diront que cette tendre période de Noël y est pour beaucoup. On aura donc vu défiler durant ces deux semaines de nombreux albums comme celui des Rolling’s Stone, Blue & Lonesome, celui de Pete Doherty, Hamburg Demonstrations, en passant par The Weeknd et leur Starboy ou encore Cyborg de Nekfeu. De très belles coïncidences. Mais l’album qui nous intéresse aujourd’hui, est la sortie du sixième album, Passion, Pain & Demon Slayin’ de Kid Cudi !

 

 

 Le premier homme sur la Lune

Ca fait maintenant 8 ans que la première mixtape, « A kid name Cudi » faisait décoller l’univers débridé de Scott Ramon Seguro Mescudi, alias Kid Cudi. Rapidement repéré par Kanye West, il signe la même année avec le label G.O.O.D music, qui le propulse sur la scène internationale avec l’entêtant remix de Crookers, « Day ’n’ Nite ». Viendra le temps du premier Man on the Moon: The end of the day, et des premiers morceaux qui sonnent alors comme de petites épopées lunaires à écouter la tête dans l’oreiller, les yeux fixés au plafond. 

Une partie de la richesse d’un album tient dans la diversité des sons qu’il propose. MOTM: the end of the day présentait chaque morceau comme la découverte d’un nouveau monde, et le départ vers une nouvelle destination. La filante comète de "The Soundtrack to my life", frôlant de peu le nébuleux "Pursuit of happiness" avant de se perdre dans le ciel étoilé de "Sky might fall". Tout un voyage on vous dit !

La force du Kid se résume à vous happer dans son univers, et de vous recracher à quelques pas d’Alpha du Centaure.

 

 

 Après cette première épopée fantastique, vient le temps du second Man on the moon: the legend of the Mr Rager. On retrouve les mêmes cordes qui ont fait le succès du premier. Le flow est lent, entre mi rap, mi parlé, et parfois s’essaye à quelques folies lyriques. 

On retiendra certains morceaux particulièrement prenants comme « All Along » ou « Scott Mescudi vs The World », et toujours cette brume nébuleuse épaisse dans laquelle on ne distingue pas le bout de ses semelles. Des mélodies accentuées par ce mélange entre l’électronique et l’instrumental. Tantôt astres lumineux (REVOFEV, Mojo so dope), tantôt trous noirs (All Along). Quelques turbulences au compteur. Nombreuses en fait. Plus sombre, MOTM: the legend of Mr Rager relate les différentes addictions du rappeur et son rapport mouvementé avec la vie. Ses textes introspectifs deviendront son fond de commerce, et ses albums connus pour être un vidage de sac des mystères de l’existence. 

 

 

La vérité est ailleurs

WZRD et Speedin' Bullet 2 Heaven marquent deux petits morceaux de bravoure dans la carrière du rappeur. Décrits comme des échecs commerciaux par les maisons de disques (ce qui se révélera pas forcément faux), ces deux albums sont des sortes de doigts d’honneur à cette étiquette que l’on placarde trop facilement sur les têtes de nos artistes; qui d’une manière ou d’une autre, finitpar les conduire à s’enfermer dans un genre musical. 

Pour s’en sortir, Cudi monte en 2012 son groupe WZRD, en collaboration avec le producteur Dot da Genius, et expérimente, innove et se prend au jeu de tenter des trucs. On assiste à une utilisation plus massive d'instruments de musique, guitare électrique et sèche, pour aboutir à une forme moins aérienne et psychédélique que celle des deux derniers albums.

 

De la même manière que l’album WZRD sonne plus rock, Speedin’ Bullet 2 Heaven suit le même chemin, mais avec un côté plus expérimental. Non sans déplaire à l'auditeur. Le son sonne différemment, plus sec: la voix est plus chantante, tranche avec le phrasé lent et le rythme électronique du synthétiseur. Kid Cudi le présentera comme « l’album le plus important de sa carrière ». Il permet en tout cas d’afficher une nouvelle casquette au « rappeur » de Cleveland. Ces deux albums marquent une plongée dans une folie douce. Une petite folie qui n’appartient qu'à lui, et que l'on imagine libératrice.

Evidemment, les choses ne sont pas aussi simples, et l’album reste cependant un point d’interrogation pour de nombreux fans. C’est le genre de sort réservé aux albums qui s’éloignent des habitudes morbides des gobeurs de musique. La même attente des mêmes sons, des mêmes instruments sur les mêmes rythmes; encore et toujours, jusqu’à la nécrose.

The Journey of the Mother Moon marque un retour à une fabrication que l'on connait bien, et sur les 10 titres de l'album, nous dérivons tendrement, en état d'apesanteur, vers un néant incertain.

 

 

La fin du rêve

La communication faite autour de Passion, Pain & Demon Slayin' annonçait l’album comme le résultat d’une période sombre. Plus de voyages enfantins, c’est une chute libre. De grosses pointures (Pharrell Williams, André 3000) accompagnent cette marche en ligne droite, dont le bruissement métallique de l'auto-tune* nous accompagne péniblement jusqu'à la fin. 

Un album assez décevant quand on a été biberonné aux derniers albums, et que l'on a déjà entendu le potentiel qu'est capable de dégager Kid Cudi. Preuve à l’appui avec l’ensemble de sa discographie. En soi, la critique d’un seul album ne veut absolument rien dire, et ce qui se dégage de tout cet article est que Scott Mescudi est un bon musicien, un bon rappeur, un bon arrangeur avec un potentiel énorme et de très bons morceaux aux compteur. Mieux, il dispose d'un univers bien à lui où petites fusées en carton ondulé et satellites en plastique semblent parés à nous emmener pour le grand voyage. 

Comme dirait l’autre, ce qui compte, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage; alors souhaitons que cet album ne soit pas sa dernière destination. Parait que la misère se porte bien mieux au soleil.

 

 

Sur ces belles paroles pleines de grâce et de légèreté, je vous souhaite à tous et toutes un très joyeux Noël, des belles fêtes, de belles guirlandes et tout ce qui fait de cette soirée une bénidiction des dieux. Bref, prenez soin de vous, de votre famille et de tout ceux qui vous tiennent à coeur.

 

See you soon, Space Cowboy !

 

* l'auto-tune est un logiciel de correction de tonalité permettant d'aligner la voix humaine sur une série de gammes définies à l'avance. Poussé à l'extrême, il permet d'obtenir une déformation métallique de la voix, son que l'on retrouve volontairement dans la musique Pop (Katy Perry, Cher...) ou le rap (T-Pain, Lil Wayne...).

Simon RENIER