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Interview : Isaac Delusion - Climax Festival 2017

Isaac delusion est né il y 5 ans, fondé par Jules et Loïc, puis rejoint par Bastien et Nicolas. Ils sont parisiens, sympas, talentueux et cultivés. Oui, en général c’est le genre de personne que l’on déteste parce que ce n’est absolument pas décent d’être aussi cools vis-à-vis du reste de l’humanité, mais vous allez vite comprendre qu’on ne peut pas les détester.


Photo : StayAwake

La rencontre

Lorsque l’on rencontre Jules & Loic, l’herbe du parc palmer est encore fraîche et verte, les premiers fûts de bière se vident doucement, puis ils arrivent, se posent sur ce vieux canapé de cuir rouge et nous racontent cet album: ce que signifie faire de la musique pour eux, ce qui les inspire, ce à quoi ils aspirent… Ils se racontent.

Une fragilité enfin assumée

Les critiques disaient de leur premier album qu’il avait quelque chose d’adolescent, rêveur, presque naïf… Rust&Gold leur second album était l’occasion pour Isaac Delusion de « surprendre, repartir de zéro, sans chercher une linéarité, une cohérence avec le premier… » C’est chose faite, les morceaux sont plus sombres, mélancoliques.

Ainsi, la légèreté est au premier album, ce que la fragilité est au second.
Ceux qui nous promettaient de « faire danser les filles », nous montrent aujourd’hui une mélancolie nouvelle.
Rust&Gold est techniquement plus mature, plus abouti mais aussi et surtout plus touchant. Ils voulaient faire la musique qu’ils aiment, celle qui « te donne le sentiment qu’un morceau a été écrit pour toi, celle où tu te retrouve ».

C’est aussi pour ça qu’ils choisissent pour la première fois le français.
Ils n’en sont pourtant pas à leur premier essai, si « Cajun » est bien leur premier morceau en français, ils en avaient déjà enregistré deux, qui ne sont finalement jamais sortis…Peu importe, la preuve réside dans la tentative : le français les attire, c’est pour eux une manière de « s’exprimer plus directement au public », de donner plus de puissance aux maux.

Des envies de cinéma

Leurs clips sont léchés, on y rencontre des personnages, des vrais, avec leurs aspérités, leur étrangeté et leur part de mystère, comme au cinéma.

On s’interroge par exemple sur l’héroïne du clip « Isabella ». Jules voit en elle une manière de « dénoncer les standards de beauté, parler de ceux qui ont plus de difficulté à trouver l’amour parce qu’ils sont différents, ceux qui se sentent seuls». Ils se réjouissent du travail de la réalisatrice, qui est allée au-delà des paroles, pour donner un sens, une nouvelle interprétation, un regard cinématographique.

Leur histoire d’amour avec le cinéma ne date pas d’hier, fans invétérés de David Lynch, Michel Gondry ou Takeshi Kitano, ils rêvent de BO, et voient cela comme un « eldorado ». Rêvant d’une histoire d’amour à la Air-Coppola, ils lancent une bouteille à la mer et espèrent un jour retenir l’attention d’un réalisateur… Si c’est Hayao Miyazaki c’est encore mieux.

Et dans 30 ans?

Lorsqu’on les interroge sur leur avenir et la vie de musicien à long terme, ils répondent d’abord de manière très pragmatique : « Continuer la musique et en vivre, se débarrasser de ce bon vieux van de tournée », puis leur côté rêveur revient vite et Loïc rectifi “Sinon… une petite maison en bord de mer, une femme et 20 gamins ça m’irait bien aussi” … avant que Jules ne le reprenne “six femmes plutôt!” comme quoi les Isaac Delusion n’ont rien perdu de leur côté rêveur, ni même de leur côté adolescent.

On les quitte sur cette dernière réponse, parce qu’ils ont faim de jouer (et faim tout court aussi), un été pas assez rempli, un dernier concert au Hors Bord festival un peu décevant à leur goût, autant vous dire qu’ils ont une revanche à prendre et qu’ils sont chauds pour le Climax.

Photo : StayAwake / Livy Bertrand

On les retrouvera quelques heures plus tard, cette fois-ci en tant que spectateur. Si le charme avait déjà commencé à opérer pendant l’interview, nous sommes définitivement séduits face à leur prestation:
Un live planant aux allures de voyage, la voix de Loïc nous transporte, suspendu à ses lèvres du premier au dernier morceau on ne redescend qu'à la dernière note.

Clara VERRIMST