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Le Temple du Pavillon d'Or, merveille du Japon et source d'histoires

     Bonjour lecteurs!

Avec la nouvelle année vient la nouveauté : c'est pourquoi je vous propose aujourd'hui un nouveau concept d'articles. Dans ce format, nous allons nous intéresser à des lieux fondamentaux du Japon. Mais plus que de simplement les présenter, nous allons regarder plusieurs de leurs représentations dans l'ensemble de la production artistique japonaise, nous pourrons alors puiser dans les histoires et légendes qui les entourent ces et finalement mieux les comprendre. J'espère que le format vous plaira et je vous propose de passer tout de suite au sujet de l'article !

     Le temple du Pavillon d'Or

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Pour inaugurer ce format, j'ai choisi de m'intéresser à un haut-lieu religieux et culturel, aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco : le Kinkaku-ji ou temple du Pavillon d'Or. Au départ prévu comme logement par le troisième des shoguns Ashikaga, Ashikaga Yoshimitsu, le pavillon a vu sa construction débuter en 1397. A cette époque, la famille Ashikaga venait depuis peu de prendre le dessus sur la famille impériale en parvenant à imposer son shogun comme véritable chef politique du Japon (malgré que ce soit toujours l'Empereur qui détienne officiellement ce titre). De fait, il était de bon ton pour elle de mettre en avant sa puissance et sa richesse. C'est dans cette idée que le bâtiment fut recouvert d'une bonne couche de feuilles d'or et couronné d'une statue de phénix dorée.

Selon la volonté d'Ashikaga Yoshimitsu, le pavillon fut converti à sa mort en temple Zen de l'école Rinzai. La vie du temple est prospère, et en 1897, il devient l'un des premiers trésors nationaux du Japon.

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Le temple survit miraculeusement à toutes les guerres connues par le Japon, y compris aux bombardements de la deuxième guerre mondiale. Mais en 1950, un moine novice déséquilibré y met le feu. Le temple sera reconstruit à l'identique dès 1955 et récupérera vite ses titres de noblesse. Mais le spectre de cet incendie qui est venu briser son apparente invulnérabilité hante toujours ses murs.

     Le Pavillon d'Or de Yukio Mishima

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Yukio Mishima (1925 – 1970) est un écrivain japonais célèbre pour ses nombreux essais, pièces de théâtres, mais aussi romans : dont le sublime Le Pavillon d'Or qu'il a écrit en 1956. Dans ce roman, dont le nom fait évidemment référence au temple qui nous intéresse, Mishima se place du point de vue de Mizoguchi, le moine responsable de l'incendie de 1950.

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Habitué à l'introspection, comme en témoigne son premier roman, autobiographique (et tout aussi génial) : Confession d'un Masque (1949), Mishima parvient à décrire à la perfection le cheminement psychologique du moine, ce au-travers du témoignage fictif du personnage. Mizoguchi, né bègue, nourrit une passion immense pour le Pavillon d'Or dont son père lui a vanté la beauté. Au moment de la mort de ce dernier, Mizoguchi est pris comme moine novice dans ce temple qu'il admire tant. A partir de là il fera plusieurs rencontres qui modifieront sensiblement son rapport au temple. Mais depuis le départ, à cause de son bégaiement et du fait qu'il se juge laid, il se sent de plus en plus exclu du reste du monde, et surtout de cette beauté incarnée par le Pavillon d'Or. La beauté de ce temple, cristallisation de ce dont Mizoguchi se sent exclu donc, finit par devenir pour lui plus oppressante qu'enivrante, allant jusqu'à véritablement l'empêcher de vivre. C'est pour se libérer de cette beauté oppressante que le moine décide de détruire par le feu le Pavillon d'Or qui semblait pourtant immortel.

Finalement, c'est sans aucun manichéisme que Mishima aborde l'histoire de ce jeune moine et son acte. Dans le livre, on peut penser que l'auteur dénonce la richesse du clergé Zen qui va à l'encontre de l'idéal de simplicité que prône cette religion. On le voit au travers du prieur qui, derrière son sourire serein et son visage joufflu, va s'amuser dans les quartiers douteux de Kyoto. Mais aussi peut-être, au travers de cette beauté presque ostentatoire qui caractérise le Pavillon d'Or.

     Le Pavillon d'Or de Pokémon : La Tour Cendrée

aminoapps.com - La ville de Rosalia et la Tour Cendrée tout à fait à gauche.
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Vous savez sûrement que chaque région présentée dans la licence Pokémon s'inspire directement d'une région réelle du monde. Pour la deuxième génération, celle d'Or et Argent (1999), c'est la région japonaise du Kansai qui est mise en honneur, celle qui contient notamment la ville de Kyoto et bien évidemment le Pavillon d'Or qui nous intéresse ici. Avec Pokémon, notre temple se retrouve sous l'apparence de la Tour Cendrée, un des bâtiments principaux de la ville de Rosalia (Kyoto) et ancienne demeure de l'oiseau légendaire Ho-Oh (très nettement une référence au phénix doré sur le toit du Pavillon d'Or).

Dans la fiction comme dans la réalité, le bâtiment a brûlé dans le passé. Sauf que là, on attribue l'incendie à une guerre qui aurait eu lieu 150 ans avant l'histoire des jeux. Cela dit, la différence entre les deux qui a aiguisée ma curiosité, c'est que : là où l'on avait rebâti le Pavillon d'Or sur ses cendres dans la réalité, on a choisi de le laisser en ruines et de le reconstruire à l'identique à côté dans l'Univers de Pokémon. Mais pourquoi ?

Dans l'animé, on nous explique qu'avant l'incendie, la Tour Cendrée était la demeure de l'oiseau légendaire Ho-Oh, et l'endroit où les moines pouvaient entrer en contact avec lui. Le rôle de ce temple se rapprochait donc plus de celui d'un jinja shintoïste (voir mon article sur le shintoïsme) que d'un temple Zen. En effet, ces jinjas servaient de liens entre humains et kamis et permettaient, par exemple, de leur faire des requêtes. Si la Tour Cendrée était assimilable à un jinja, alors Ho-Oh était le kami qui l'habitait. De fait quand les hommes ont incendié le bâtiment par le feu et que Ho-Oh s'est enfuit, c'est en fait leur lien avec les dieux, avec le shintoïsme, avec les fondements de leur culture et de celle japonaise, qui a été détruit.

La Tour Cendrée, lieu de rencontre avec le kami Ho-Oh dans l'épisode 24 de la saison 4 de l'animé : La Tour aux Spectres.

En se séparant des divinités, les hommes ont créé un déséquilibre dans le wa (l'harmonie générale du monde), qui a entraîné l'apparition d'un yurei bien particulier puisqu'il s'agit de la Tour Cendrée restée en ruines. En effet, comme un yurei humain, le cadavre de la tour reste présent malgré la mort dans le paysage de Rosalia. Comme pour rappeler à tout le monde cette catastrophe spirituelle qui a eue lieu dans le passé. En témoignant de cet éloignement des traditions, la Tour Cendrée devient symbolique de ce phénomène que vit le Japon contemporain.

Ici, j'ai dû résumer au maximum mais sachez que j'ai rédigé un dossier d'une dizaine de pages sur la Tour Cendrée et la manière dont son histoire résonne avec celle du Japon. Si vous avez envie d'y jeter un œil, n'hésitez pas à me demander.

     Un lieu aux multiples visages

Finalement selon la manière avec laquelle on l'approche, le Pavillon d'Or peut prendre des significations très diverses. Chez Mishima il devient l'incarnation d'une beauté oppressante et de l'opulence du Zen japonais. Tandis que dans Pokémon, rapproché de la religion shintoïste, le temple et son histoire se font représentatifs d'une problématique qui agite le Japon contemporain, celle du recul des traditions dans un Japon de plus en plus moderne.

Comme toujours, n'hésitez pas à aller jeter un œil du côté des œuvres dont je parle. Et moi, je vous dis, à la semaine prochaine pour un nouvel article Japon !

Simon MORGAN