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Le jeu de Go et Google

Bonjour et bienvenue pour cette nouvelle chronique sur l’Asie !
Vous l’avez peut-être lu sur les réseaux sociaux ou encore dans les journaux numériques, le champion du monde de Go a perdu. Lee Sedol, sud-coréen de 33 ans et champion du monde de Go a perdu trois manches face à … Google.

Alors qu’est-ce que le Go ? Comment cela se joue ? Est-ce que cette victoire de l’IA est véritablement une prouesse ?

Réponse tout de suite, c’est parti !

L'histoire du Go

Parsemé de légendes, l’histoire du Go est vraisemblablement ancienne et il est difficile de lui trouver une date de création. On sait néanmoins que Confucius (551-479 av. J-C.) en parlait déjà dans ses écrits, le jeu semble donc plus ancien que les échecs, qui furent découverts en Europe au XIe siècle.
Le Go connaît un réel développement à partir du IIIe siècle en Chine, à ce moment-là, il rejoint le cercle très fermé des « trois arts sacrés » que sont la musique, la peinture et la calligraphie. Ces arts sont pratiqués par l’empereur et ses courtisans, les « trois arts sacrés » deviennent : « les quatre arts lettrés » jusqu’au XIXe siècle, ce qui sonne aussi plutôt bien.

Partie de Go au XVIe siècle
Peinture par Kano Eitoku

Au Ve siècle, le jeu se délocalise et se fait connaître en Corée, puis au Japon au VIIe siècle où il rencontre un grand succès par l’aristocratie (le boulot n’était pas une priorité). Interdit en 700 (là, le boulot a changé de statut) les aristocrates ne changent pas leurs habitudes et s’autorisent malgré tout à y jouer. Les moines obtiennent également ce droit car il n’est plus considéré comme un jeu de hasard.

Le jeu devient populaire auprès des samurais qui le voient comme un simulateur de stratégie militaire. Au XVe siècle, les règles du jeu changent (parce que c’est comme ça) et rendent le jeu extrêmement populaire, et désormais libre au Japon.
Ainsi commence « l’âge d’or » du Go, propulsé par Oda Nobunaga (1534 – 1582), l’un des grands unificateurs du Japon, jusqu’en 1868 et l’instauration de l’ère Meiji.
L’ère Meiji signe la fin de l’époque féodale japonaise ainsi que le désintéressement pour le jeu de Go, privé de ses repères militaires et féodaux.
L’arrivé du Go en Europe se fait au XIXe siècle en Autriche-Hongrie alors surpuissantes. Le jeu a réussi à perdurer jusqu’à aujourd’hui, malgré les guerres et les mésententes entre les pays.

Comment cela se joue ?

Je préviens, je n’ai jamais joué au Go (« OOoouuhh ! »), mais il y a une raison très simple à cela, c’est que le jeu est très complexe et que j’essaye de m’améliorer aux échecs. Bref, ceci dit, je vais survoler pour vous les règles du Go, sans évoquer les stratégies.

Le Go se joue sur un Goban (plateau) de 19 lignes verticales et 19 lignes horizontales, ce qui fait 361 intersections, détail qui a son importance car c’est sur les intersections qu’on joue au Go.


La partie se joue avec des pierres rondes blanches et noires. Celui qui commence est en noir (il possède un avantage) tandis que l’autre joue en blanc (pour équilibrer, il débute avec 7.5 points d’avance).

Une capture
©jeudego.org

Il faut s’imaginer le Goban comme un continent, l’objectif est de créer ses propres frontières à l’aide des pierres et ainsi obtenir un territoire qui est une succession d’intersections libres et protégées. Il est possible de couper la route à son adversaire ou de l’encercler pour le « capturer » et ainsi le faire retirer ses pierres. Il est important de mentionner qu’on ne peut pas jouer deux fois le même coup, sinon un scénario pourrait se répéter à l’infini et la partie pourrait durer des semaines (c’est déjà arrivé).
La partie s’arrête lorsque les deux joueurs passent leur tour consécutivement. Pour désigner le vainqueur, on compte le nombre de pierres et d’intersections formant un territoire (sauf les pierres dites « mortes » qui sont piégées et inutilisables). Celui ayant le plus de points gagne, néanmoins il existe une multitude d’avantages et de désavantages que peuvent mettre en place les joueurs.

Alors la victoire de Google est-elle réellement incroyable ?

Le match de titan a débuté le 9 mars et s’organise en 5 manches, la première signe un départ en noir de Lee Sedol et se termine par un abandon après 3h de match. Le 12 mars s’est jouée la 3e et dernière manche pour notre champion qui, malgré une lutte acharnée, n’a pas réussi à vaincre. Ce qui préoccupe maintenant le monde du Go c’est : est-ce qu’il va réussir à gagner au moins une manche ?

©lemonde.fr - Lee Sedol vs Google

Il n’y a pas de doute, au même titre que les échecs, le Go est un jeu de stratégie où seules la tactique et la réflexion priment. Ainsi la performance de AlphaGo (l’IA de Google DeepMind) est véritablement une avancée technologique sans appel (même si relativement effrayante). Capable de calculer toutes les possibilités en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, cette IA semble infaillible. Alors personnellement, je n’espère qu’une chose : qu’un être humain finisse par la battre sans difficulté.

« C’est moi, Lee Sedol, qui ai perdu, mais pas l’humanité. » Lee Sedol, le 12 mars.

Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine pour un autre sujet. Portez-vous bien et à lundi ! :)


Edit: Dimanche 13 mars, Lee Sedol gagne son premier match contre l'intelligence artificielle ! Une petite victoire pour le champion qui ramène le score à 3-1.

Edit: Mardi 15 mars, dernière défaite de Lee Sedol, AlphaGo vainqueur.

Marc BRIAND