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Kubo et l'Armure Magique, le stop-motion part à la conquête du Japon féodal!

     Avé à vous amis lecteurs !

Déjà, une présentation s'impose. Je m'appelle Simon Morgan et je suis nouveau chroniqueur chez StayAwake ! Je suis étudiant en Master Cinéma et passionné de culture japonaise. Dans cette chronique et celles à venir, je vais donc me consacrer à la culture japonaise. Dans le cinéma, mais aussi dans les autres arts, voire dans des domaines complètement différents ! Au gré de l'actualité ou de mes envies, on pourra passer, en dehors du cinéma, par la littérature, le jeu vidéo, l'Histoire, et autres.

Sur ce je vous laisse avec ce premier article qui porte non pas sur un film japonais mais bien sur un film américain. N'hésitez pas et prenez plaisir à lire !

     Cadre et Synopsis

Kubo et l'armure magique est un film de Travis Knight et la dernière production du studio Laika. Connaissez-vous le studio Laika ? Dans le doute, c'est un jeune studio américain qui a su rapidement se faire un nom dans le monde du cinéma d'animation. Spécialisé dans le stop-motion (l'animation en image par image), il a très vite recruté le bel Henri Selick qui est le deuxième papa et réalisateur de L'étrange Noël de M. Jack (parce que non, ce n'est pas Tim Burton qui l'a réalisé !) C'est d'ailleurs à Henri Selick qu'on doit le magnifique Coraline qui est sorti en 2009 et que je vous invite à aller voir très vite pour la bonne raison qu'il est beaucoup trop chouette.

Nous sommes en plein dans le Japon féodal. Le jeune Kubo vit dans une caverne au sommet d'une falaise frappée par les vagues de l'océan. Derrière la falaise se trouve un village où Kubo se rend tous les jours pour conter aux villageois les aventures de son père, un samouraï légendaire disparu. Pour cela, il use d'un pouvoir magique délicieusement poétique : en jouant du shamisen (une sorte de guitare traditionnelle japonaise), il parvient à animer des petites figurines en origami à l'effigie de son père, des monstres que celui-ci affronte, ou de tout un tas d'autres personnages.

Là où ça devient intéressant, c'est quand, allant à l'encontre des prérogatives journalières de sa mère, Kubo décide de rester dehors après la tombée de la nuit. Ainsi, il ne tarde pas à réveiller les ombres qui hantent son passé, deux tantes identiques aux allures de corbeau ainsi que son menaçant grand-père, le Roi de la Lune, qui lui a déjà volé un œil et compte bien s'emparer du deuxième.

     Un joyau de l'animation en stop-motion

Je pense qu'on peut dire que le niveau du studio dans l'animation en stop-motion, déjà excellent à la base, a été relevé à chaque film, jusqu'à atteindre le degré de perfection hallucinant qu'on trouve dans Kubo ! Deux ans de tournage ont été nécessaires mais le résultat est au rendez-vous, l'animation est extrêmement fluide et on en vient presque à oublier qu'on a affaire à des figurines de bois, tissu et autres matériaux.

©nytimes.com

Si vous êtes comme moi fana de culture orientale, vous savez peut-être que la religion originelle du Japon, le shintoïsme, peut être qualifiée d'animiste. C'est à dire qu'elle considère que chaque chose dans ce monde, y compris une pierre ou une force naturelle comme le vent, est animée par une âme. Je trouve qu'en utilisant le stop-motion, Laika donne plutôt bien corps à cette idée. Finalement, par ce procédé, l'équipe du studio insuffle elle aussi la vie dans des figurines inertes qui se retrouvent ainsi capables de se mouvoir et de nous émouvoir. On peut même aller plus loin en disant que Kubo, en animant les figures d'origami avec son shamisen, traduit lui aussi cette idée d'animisme et, du même coup, se fait métaphore de l'équipe de Laika qui anime elle aussi des figurines apparemment sans vie !

     Le Japon comme source d'inspiration

Dans ses images comme dans les thèmes abordés, le film fait très souvent référence à la culture japonaise. En vrac on voit déjà la présence évidente de l'origami, du shamisen (pour rappel c'est la guitare traditionnelle japonaise, ne me remerciez pas), de la figure du samouraï. Mais le film s'amuse aussi à disperser quelques références à l'art pictural japonais, j'en ai repéré au moins deux, une faite à la célèbre estampe de la Vague d'Hokusai, et une autre avec un squelette géant qui fait franchement penser à une impression sur bois d'Utagawa Kuniyoshi, Takiyasha la Sorcière et le Fantôme du Squelette, je vous laisse le loisir de les chercher dans le film !

©data.abuledu.org

Au-delà de ça, j'ai particulièrement apprécié que le réalisateur se permette d'aborder, dans un dessin-animé et de manière particulièrement crue,  des thèmes matures et complexes comme la mort et la gestion du deuil dans l'enfance, ce qui est encore très peu commun dans le cinéma d'animation occidental. La faute au tonton Walt Disney qui a imposé sa vision édulcorée et ''pour les enfants'' de l'animation dans tout l'Occident ! En faisant ça, Laika et Travis Knight se rapprochent de grandes figures de l'animation japonaise comme Isao Takahata et son Tombeau des Lucioles ou Hayao Miyazaki qui n'ont pas peur d'aborder des sujets ''adultes'' dans des films ''pour enfants''. Bravo les mecs !

     Un beau mariage entre Occident et Japon

Finalement, en plus d'être une merveille d'animation, le film ressemble presque à une lettre d'amour écrite par l'Occident à la culture japonaise. C'est une jolie idée qu'on retrouve dans la chanson du générique (que je vous spoile, mais ça va, ce n'est pas un gros spoil) qui est une interprétation au shamisen, toujours le shamisen, du titre de George Harrison While My Guitar Gently Weeps ! Du coup shamisen/Japon, George Harrison/Occident, tout ça tout ça. Je vous mets le lien de la chanson en espérant que cela vous donnera envie de voir le film !

 

J'espère que vous aurez trouvé la lecture agréable et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel article Japon !

Simon MORGAN