play pause load
-

A la découverte des Ninjas

Salut à tous et bienvenue pour la 8e chronique sur la culture asiatique !

La semaine dernière je vous ai exposé le conflit entre la Corée du Sud et du Nord à travers une longue chronique sur l’histoire de ces deux pays. Pour aujourd’hui j’ai prévu quelque chose de plus léger, plus aérien mais tout aussi sombre.

Vous savez forcément ce qu’est un ninja, ces assassins invisibles que les réalisateurs aiment ridiculiser dans des nanars dignes de Bollywood, ou encore visibles dans l’art contemporain japonais type Naruto, bref l’image du ninja a été légèrement ternie avec le temps.

Mais étaient-ils aussi bons qu’on le dit ? Leur entraînement était-il aussi sévère que le veut la légende ? Et pourquoi ont-ils disparu ? Je vais tenter de répondre à ces questions tout au long de cet article.

C’est parti :)

De leur apparition jusqu'au démantelement

Le ninja aussi appelé shinobi ou shinobu au Japon, a laissé ses premières traces dans l’histoire aux alentours du VIIe siècle avant J.-C. Le premier empereur Jimmu Tenno s’est servi de ninja comme agent d’infiltration pour percer les lignes ennemies. C’est au VIIe siècle après J.-C. qu’ils acquièrent le nom de shinobi signifiant discret / furtif, de la part du prince Shotoku. A ce moment-là, l’art ninja est encore silencieux et peu répandu.

Durant le XIe / XIIe siècle les shinobis se font plus dangereux, plus nombreux sous les enseignements de grand maître tel que Togakure-ryu, ce qui donna naissance à de nombreux styles qui furent par la suite enseignés dans des écoles secrètes.

©Ninjutsudijon.fr - Ninja
en tenue de guerrier

Le Japon féodal est dominé par les samurais, personne ne peut remettre en cause la légitimité d’un samurai sous peine de voir sa tête séparée de son corps d’un violent coup de katana… Enfin presque personne.

Les shinobis ont refusé l’autorité suprême des samurais et du shogun qui est alors le dirigeant du pays, ce refus a été exprimé par une mise en quarantaine dans des régions montagneuses et difficiles comme Iga et Koga qui seront par la suite totalement dominées par les shinobis.

Ils sont à la fois alliés et ennemis du pouvoir, le shogun a besoin des shinobis pour détruire ses adversaires mais le risque est qu’il soit alors lui-même détruit. Au XVIe siècle durant l’ère Sengoku, Oda Nobunaga, l’une des figures les plus emblématiques du Japon médiéval, tente de disperser le clan de Iga-Ueno, l’un des plus célèbres et plus puissants clans ninja avec celui de Koga. Evidemment, ceux-ci refusent, ce qui engendre l’une des plus sanglantes et incroyables guerres que le Japon ait connu.

Le premier assaut à lui seul permet d’évaluer la force surhumaine des shinobis: 4000 ninjas contre 12 000 soldats de daimyo armés et entraînés, une armée 3 fois plus importante et pourtant une défaite radicale. Oda Nobunaga a été obligé de mobiliser 46 000 hommes armés de mousquets (l’ancêtre du fusil) pour défaire la majeure partie du clan Iga.

Les fuyards se sont quant à eux alliés au futur grand Shogun du Japon : Tokugawa Ieyasu.

Hanzo Hattori

Celui-ci n’a pas oublié ses précieux alliés et leur a donc offert une place au sein de son gouvernement en tant qu’espions, et autant vous dire qu’ils étaient très efficaces. La période Edo (1600 – 1868) a été marquée par une paix longue et une fermeture quasi-totale des frontières.

Bien sûr la paix n’est pas l’amie des grands guerriers, les shinobis sont restés dans l’ombre longtemps et l’ère Meiji, qui signe la fin du Japon féodal et l’ouverture forcée du territoire, n’aidera pas à prolonger leur histoire. Mais la paix fait partie de leur précepte, ils la chérissent bien plus que la guerre.

Aujourd’hui, il existe encore quelques « écoles » à travers le monde qui enseignent l’art ninja : le Ninjutsu (dont quelques-unes en France).

Mais au Japon subsiste l’école ayant vu naître le ninjutsu : la Bunjikan Togakure Iga Ninja, fondée par Togakure Iga dont je vous ai parlé plus tôt.

 L’art Ninja : Le Ninjutsu

Comment parler des shinobis sans évoquer leur extraordinaire entraînement, à la façon des plus grands samurais, leur esprit et leur corps sont sculptés dans des principes qui dépassent la logique humaine.

Dès leur plus jeune âge, les enfants apprentis shinobis pratiquent des jeux pour apprendre à contrôler leur corps, assimiler les bases du combat à mains nues, du camouflage, du maniement d’armes tel qu’un simple bâton et à dominer la douleur.

©bujinkan Strasbourg - Masaaki
Hatsumi

A l’adolescence, ils commencent à être formés aux différents arts martiaux dont quelques-uns venus de Corée et de Chine, à l’aide d’immigrés ayant apporté la bible des guerriers : « l’Art de la Guerre » par Sun Tzu (544 av. J.-C - 496 av. J.-C.). Celui-ci décrit les grands préceptes et stratégies militaires à adopter.

Il y a huit méthodes de combat sous le seul terme de Ninjutsu : le Taijutsu (main nue), le Kenjutsu (au sabre), le Hichojutsu (le saut et l’escalade) etc… Et un nombre incalculable d’autres techniques « secrètes ».

A l’aide de ces méthodes de combat et de leur équipement, les shinobis étaient considérés comme de véritables démons capables de marcher sur l’eau, escalader les murs, créer de la fumée et bien d’autres choses. Et ils en étaient vraiment capables ! Une lame est intégrée au bout de leurs chaussures pour escalader, ils ont des semelles flottantes pour ne pas s’enfoncer dans l’eau, des œufs étaient remplis de cendres et de verre pilé pour aveugler l’ennemi… Ce sont véritablement des maîtres de l’illusion qui ne laissent rien au hasard.

Mais le seul moyen d’atteindre le Ninpo, la forme la plus élevée de Ninjutsu, c’est en ayant pris connaissance de l’extrême limite entre la vie et la mort. Il faut savoir aimer chaque chose de la vie et ne tuer que pour restaurer un équilibre ou survivre. Le corps n’est rien si l’esprit n’est pas prêt.

 

C’est sur ces paroles empruntées à l’un des derniers grands maîtres ninjas, Masaaki Hatsumi, que je vous dis bye bye et à la semaine prochaine ! :)

Marc BRIAND